• Margaux Carlier

La gendarmerie se veut en pointe sur la cybersécurité

Créé en 2007 par la gendarmerie nationale, le Forum international de la cybersécurité s’ouvre ce mardi à Lille.La Croix s’est rendue à Vannes où les forces de l’ordre travaillent au quotidien avec les entreprises.



Dans la grande salle commune du Village by C.A., un accélérateur de « jeunes pousses » (start-up) situé à Vannes (Morbihan), Pierre Lorcy, cofondateur et président de Lorcyber, accueille chaque participant du Cyber Breakfast : ce rendez-vous matinal et mensuel réunit tous les acteurs de l’agglomération concernés par la cybersécurité.

Lorcyber, qui propose des logiciels pour protéger les actifs informatiques des PME et des collectivités territoriales, est l’un d’eux. « Bienvenue au représentant de la gendarmerie nationale », lance Pierre Lorcy, qui se félicite de l’intérêt des forces régaliennes pour l’actualité d’un secteur en constante évolution.


« Le pirate s’adapte »


Dès 2007, les héritiers de la Maréchaussée ont fondé le Forum international de la cybersécurité, dont l’édition annuelle s’ouvre mardi 28 janvier, à Lille. Au fil des années, cette rencontre de trois jours s’est imposée comme un lieu incontournable pour les professionnels, issus des sphères publique et privée, pour débattre des enjeux stratégiques de cybersécurité et cyberdéfense.


En août 2019, la lieutenante-colonelle Fabienne Lopez a pris la tête du C3N (centre de lutte contre les criminalités numériques), basé à Pontoise (Val-d’Oise), qui compte 32 personnes expertes en technique et en police judiciaire. Elle résume la situation en constatant que « le pirate s’adapte » : piratages, propositions de placements, usage frauduleux de carte bancaire, chantage via les webcams, usurpation d’identité…

Les possibilités offertes par le numérique ouvrent un large spectre aux personnes malveillantes, contre les particuliers mais aussi les entreprises. Les préjudices se chiffrent en millions d’euros et les plaintes, par centaines même si, comme le relève un officier de gendarmerie, « la cybercriminalité est difficilement quantifiable ». Si, par exemple, on a enregistré 1 070 dépôts de plaintes pour usage frauduleux de carte bancaire en 2018, le sentiment de culpabilité, la crainte de représailles dissuadent certaines victimes de se signaler.


Le réseau Cybergend


En France, on enregistre 5 500 nouvelles plaintes chaque mois, en augmentation de 30 % depuis 2016. 70 % concernent des escroqueries, 12 %, des atteintes aux systèmes de traitement automatisé des données (« ransomware », vol de data…). Pour les traiter, la Gendarmerie a intégré des spécialistes de la cybersécurité à ses équipes d’enquêteurs dès 1998, puis créé le réseau Cybergend en 2014. Piloté par le C3N, il compte 250 gendarmes N-Tech (spécialistes des nouvelles technologies) répartis sur tout le territoire.


Au rythme d’une vingtaine par an, ils sont passés par l’Université de technologie de Troyes (UTT) pour obtenir une licence professionnelle, moyennant 400 heures de formation réparties sur dix semaines au cours d’une année universitaire. Une partie essentielle de leur évaluation se joue sur un mémoire technique, « utile à la communauté N-tech », précise Reza El-Galai, le responsable de la formation. « Face à une cybercriminalité numérique croissante, où des objets volés se retrouvent en quelques minutes sur Le bon coin par des gens qui veulent faire de l’argent rapidement, il faudrait plus d’enquêteurs spécialisés ».


Mailler le territoire en intégrant les « cyberrisques »


Aux effectifs N-tech s’ajoutent près de 4 500 « correspondants » : dans chaque département, quelques dizaines de gendarmes doivent être en mesure de faire les premières investigations. « Nous souhaitons que chaque gendarme ait un « vernis tech » suffisant pour ne laisser personne sans réponse », reprend Fabienne Lopez.


Le Morbihan bénéficie d’un environnement favorable, avec la proximité de l’Université Bretagne Sud, fondée en 1995 qui dispense, entre autres, des formations en cybersécurité. « Chaque département compte au moins un gendarme N-Tech, mais celui-ci ne travaille jamais de manière isolée, explique l’adjudant-chef Grégory Golynski. Il est un chaînon, en lien avec les référents en sûreté économique, les analystes de terrain, sa hiérarchie ». Le maillage du territoire continue, tout en intégrant la défense face aux attaques colportées par le numérique.

https://www.la-croix.com/Economie/gendarmerie-veut-pointe-cybersecurite-2020-01-28-1201074599


1 vue